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Savez un moment donné…

C’est pas tous les jours Noël, il faut pas jouer les cons à temps-plein, il faut la juste dose pour savoir dire:

“Tsé un moment donné…”

Il file comme ça votre vieil Alcolo. Culumant à la fois la culpabilité mais pas à moitié con pour s’en servir comme du meilleur des catalyseurs. Parce que pour les jours où on vous met de l’eau dans le gaz, il faut savoir aussi brûler les vapeurs qu’il en reste.

Le temps d’en sortir!

Je vous l’ai déjà dit que j’ai passé toute une vie à dire qu’il ne fallait jamais laisser quelqu’un dans le coin, jamais fermer toutes les portes, ou du moins le penser? Il se peut que je ne l’ai jamais dit ici. Alors voilà, allez savoir pourquoi, j’avais juste envie de le répéter. Votre vieil alcolo se sent un peu dans le coin. Allez savoir pourquoi, il se dit qu’il est drôlement temps d’en sortir.

D’ailleurs c’est fou comment, prenez pour exemple, quand vous jouez aux cartes, au même jeu. Tout-à-coup il existe toujours quelqu’un pour se dire “Tiens! J’ai une frime!”… Si vous saviez ma paire d’as!

Le courage du rétablissement

Tiens, il y a 40 ans, mon frère naissait. Une aventure qu’il terminera 17 ans plus tard, abruptement, violemment, sans prévenir, enfin, sans le faire avec les mots pour se faire comprendre. C’est facile de comprendre après coups. Ce l’est pas sur le coup. Ça laisse plus froid que celui qui a décidé d’en finir, ça fige les images pour vous les rebalancer au visage au moment de dormir, elles vous réveillent parfois la nuit, elles ont tout ce qu’il faut pour rester.

L’alcoolisme et tous les dérivés qu’on lui connaît est familial. On peut facilement dire que la famille de l’alcoolique a la grippe, mais qu’il est celui qui tousse. Met la main devant ta bouche qu’on lui dira poliment, ou un “Ta gueule!” bien lancé, quand il comprend pas aussi vite qu’il le faudrait. La grippe est nécessaire au système de la famille alcoolique, autant que celui qui tousse l’est pour l’équilibre du virus, sans quoi plus rien n’est possible.

Je suis né dans une famille alcoolique. Quand l’alcoolique est actif, c’est-à-dire quand il consomme, le système est en équilibre. On peut alors identifier facilement une cible commune aux membres de la famille, on a certaines raisons pour expliquer les souffrances des uns et des autres, on se retrouve une raison d’avoir mal. Quand on retire l’alcoolique du système pour l’envoyer en thérapie, on déséquilibre la famille, qui ne va pas mieux alors.

Je le constate depuis cette pause que je me donne. Depuis cette rechute aussi violente que brève. La famille alcoolique est un mobile. Si on en retire l’un ou l’autre des morceaux, tout le mobile est “de travers”. On choisira alors de focusser davantage sur la rechute que sur le rétablissement, il fait si bon souffrir et savoir grâce à qui. Vous ne vous surprendrez pas qu’à ce centre où je me trouve, c’est souvent les parents qui acceptent de venir chercher le jeune avant même qu’il n’ait terminé son programme, malgré les risques que représentent son retour trop rapide à la vie dite “normale”.

C’est la pire période pour l’alcoolique, le retour au rétablissement. Il doit accepter d’avoir toussé et de revenir une cause d’équilibre pour sa famille, malgré le prix qu’il en paie et qu’on aimera à lui rappeler avoir fait payer. L’alcoolique côtoiera en plus, dans toutes les sphères de sa vie, d’autres famille alcoolique, avec les souffrances qui leur sont propres. Il devra accepter d’avoir toussé pour toutes les grippes qu’il n’est pas le seul à porter, il devra avec humilité, et il en va de sa propre vie, se choisir, au risque de mentir et de prendre seul le blâme. C’est de ce courage qu’il devra faire preuve, comme seul responsable de son rétablissement.

Les espoirs laissés derrière

On va pas se perdre en explications. Ce serait justifier ce qui ne se raconte jamais tout de suite ou à tout le moins trop vite. Il est des moments où tous les efforts doivent être investis uniquement pour revenir, sans se demander comment. Elle ne s’explique pas la douleur, elle se nomme, d’abord, et ensuite, pour tous les autres qui restent alors qu’elle existe encore, elle se vit, elle se pleure, elle traverse, puis on se berce en attendant qu’elle quitte, quand enfin on ferme les yeux, quand enfin on s’endort.

Il est des moments où toutes les forces ne doivent servir qu’à maintenir la toute petite flamme qui donne envie de respirer encore un peu. C’est sur ce seul point que je me concentre. Ne pas oublier de respirer, puis ensuite, je me le promets à moi et même pas à vous, trouver les espoirs laissés derrière et les mettre en bagages, marcher la face au soleil, jusqu’à ce que cessent ces nuits que je me suis faites.

Je vous vois rien comprendre, et puisque vous ne m’avez jamais connu autrement, vous savez que je m’en balance un peu. J’avais juste envie de vous dire qu’il me reste encore le désir du bonheur. Tout ça suffit.

Bon enfin…

Il en a fallut des heures pour mettre ce système à point! On avait sous-estimé votre engouement, votre extraordinaire capacité de répondre “présent” quand on a une idée pour vous! Alors voilà, on a investie encore quelques dollars pour le gala et vous pouvez maintenant voter, sur une bande passante qui va supporter votre présence et votre envie de pas lâcher pour que ce gala soit une réussite! C’est aussi pour ça que je vous aime! C’est amélioré de beaucoup, et c’est ici!!! Mettez vos fureteurs à jour pour la votation!

Heureusement!

Les occasions de notre vie ne nous permettent pas souvent de prendre les mots pour le dire. Les occasions sont souvent sournoises. Elles ne manquent pas de rendre un peu gris ce qui est pourtant plein de toutes les couleurs dans ses habitudes, c’est les autrement qui ont des airs de sépia.

C’est pareil pour elle. Nos moments ces dernières semaines ne nous ont pas mis en valeur réellement pour l’autre. Dans la loyauté certes, dans la capacité que l’on peut avoir à traverser les épreuves ensemble, oh bien sûr. Mais elle aurait pu traverser ces semaines en se sentant accompagnée, elle s’est plutôt ramassée avec quelqu’un qui marchait aux côtés, oui, mais dans un silence grave, épais comme les brouillards qui aveuglent et glacent tant qu’à faire.

Alors voilà, pour le temps que je n’ai pas eu ni même pris pour lui dire, je suis fière d’elle. Fier parce qu’elle sait tout plein de moyens pour toutes ces choses dont je ne suis pas capable, en amour comme avec les amis, en espoir comme dans des tranchées de peine, en compagne comme en solitude. Fier donc aussi, de voir, ce que vous ignorez vous, toute la rigueur qu’elle applique en tout dès qu’elle s’y met, comme dans cette chose qu’elle a mis tellement de temps à compiler et à vous laisser ici!.

D’ailleurs, ce qui me sauve dans cette relation, c’est certainement qu’elle ne compile, heureusement, pas tout.

Juste vous dire…

…comme ça, que la sculpteure a appelé mercredi, qu’elle a ce qu’il faut comme notes, et de couilles aussi, pour se rendre où elle veut. Que ses enfants ont la bouffe qu’il faut dans le frigo, manque juste la capacité de rêver. Vous dire, finalement, que son mari il va lui envoyer ce qu’il a réclamé de l’impôt, vous dire, finalement, que devant tout ça, on a bien le droit de se faire un week-end, non?

Écart entre vivre ou mourir

[Via Flickr ElGringos]

- Voilà la prescription! qu’il dit.

Le mec reste de glace, pioche sur son clavier, puis le regarde sans broncher:
- Ce sera 7400$.
- Pour un mois? Vraiment? d’interroger mon ami.
- Oui monsieur, alors?

C’est 84000$ par année pour sauver la peau de celle qu’on aime. Il y a l’écart entre les riches et les pauvres, et celle entre vivre ou mourir. La ligne est pas toujours aussi clairement tracée.

L’univers de Félicien

vieux Quand on a l’âge de Félicien, notre système nerveux a pas trop les moyens de supporter le changement. Quand on est Félicien, alors, on en fait très peu des changements. On garde les choses bien en place, dans le loyer comme en amour, on le garde 20 ans le loyer tant qu’à faire, on badine pas avec le coeur quand on est vieux.  Félicien et moi on a un bail, le mien est commercial, le sien est pour sa vie, dans ce temps-là, on a pas les mêmes craintes, on a même pas les mêmes envies. Puis l’était nerveux Félicien, changer de propriétaire, c’est la peur de se faire mettre à la porte, se faire remplacer par n’importe quoi de plus drôle que quatre murs qui sentent le vieux, des craintes plus petites aussi, pas moins importantes pour autant, des craintes comme celles de se demander s’il va bien pelleter le nouveau proprio, sinon, au moins, s’il va finir par poser cette putain de deuxième porte que Félicien demande depuis des lunes d’hier.

* * *

Notre première rencontre lui et moi en a été une de service. Pas comme un commerçant pour un client, pas comme un psy pour un souffrant, rien de ça non. Plus comme les services d’une barmaid qui écoute un ivrogne râler, ou mieux, une pute qui accepte de passer une heure à bercer un corps que l’amour a quitté. Vous le voyez là le genre de lien de service? Notre première rencontre a donc été pour que je le sorte d’une merde.

-  Désolé de vous déranger monsieur l’alcolo, de dire Félicien.

-  Vous me dérangez pas merci. Je suis comme la soupe Campbell, il y a un petit peu de moi dans votre vie de travail.

-  Vous êtes drôle!

-  C’est pas universelle comme émotion, vous le jure! Allez, comment je peux vous aider!? que je lui demande.

Il taponne au fond de sa poche. En ressort un carnet de chèques dans un étui de cuir de vieux. Il me regarde plus, il fixe le plancher, il se tape les chèques sur les doigts, puis il me dit:

-  Je vois plus bien clair. Le propriétaire il veut douze chèques. Si vous pouviez… me les écrire pour moi.

L’écriture pour Félicien, j’ai compris que c’était comme ma recherche du point G, c’est pas qu’il sait pas, c’est juste que c’est trop petit. Quand j’ai eu terminé les douze chèques, il fouille dans sa poche, en sort un billet de 20$ qu’il me tend.

-  Non monsieur Félicien, ça je saurais pas, je peux pas, je veux pas.  Vous m’avez payé il y a longtemps, un jour je vous raconterai.

* * *

Cet hiver Félicien il a pas eu sa deuxième porte. Cet hiver un matin il a essayé de sortir. Il n’y avait rien à faire. La porte métallique était bloquée par la neige. Il a cherché mon numéro partout. Il l’a jamais trouvé qu’il m’a dit. Ça a finit par les flics. Trop petits les annuaires. J’ai rien dit, j’ai jamais même appelé un flic en renfort pour le point G.

* * *

Je parle pas beaucoup de la femme de Félicien parce qu’il y a peu à dire. Elle est jaune des pieds à la tête. Lui est arrivé une cochonnerie pour les reins. Je roulais sur le boulevard du bureau aujourd’hui. Félicien marchait à contresens sur le trottoir. Il revenait du nettoyeur. Un complet noir qu’il tenait à deux mains contre sa poitrine, le vent froid à faire chier tous les Féliciens du monde. J’ai su. Dans son regard là, il y avait une peine, celle d’un copain de plus qui est parti. Il marchait doucement le Félicien, comme déjà les pieds dans la cérémonie. Je lui ai pas dit de le garder pas loin, que quand on est vieux comme Félicien, on sait jamais quand c’est quelqu’un d’autre qui va nous le faire porter, debout ou couché, pour longtemps ou l’éternité.

J’ai roulé à penser longtemps comme ça, à être content aussi de l’une de mes phrases d’hiver au propriétaire:

”  S’ils sont une seule, une seule fois, pris dans leurs logements vos vieux, vous allez la sentir arriver de l’univers la plainte au cul!” Ils ont plus trop eu à s’en soucier depuis.